Prix de l’énergie : pourquoi la facture restera volatile, et ce que les bailleurs peuvent faire dès maintenant

25/03/2026

Comment naviguer avec l’imprévisibilité des prix de l’énergie ? Tour d’horizon d’une situation énergétique toujours sous tension, et des leviers concrets pour y répondre.

Résumé
Depuis 2022, les marchés de l’énergie ont changé de nature : plus volatils, plus exposés aux chocs géopolitiques, avec un plancher de prix structurellement plus élevé qu’avant. Les récentes frappes sur l’Iran le rappellent brutalement, le baril ayant bondi de près de 20 dollars en quelques semaines. Paradoxe supplémentaire : gaz, électricité et pétrole sont aujourd’hui étroitement corrélés sur les marchés, si bien qu’un choc sur l’un se transmet aux autres, même quand rien ne le justifie techniquement. Pour les ménages comme pour les bailleurs sociaux, dont les deux tiers des locataires ont connu des difficultés financières lors du pic de 2022, cette imprévisibilité n’est pas conjoncturelle : c’est une donnée permanente. Face à elle, les offres à prix variable ne protègent pas. Le seul levier fiable reste la maîtrise de la consommation, à commencer par le chauffage, qui représente 60 % des dépenses énergétiques. L’obligation d’installer des thermostats programmables a été repoussée à 2030. L’argument économique pour le faire dès maintenant, lui, est déjà là.

2022 : le choc qui a tout changé
Il y a quatre ans, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a provoqué une rupture structurelle sur les marchés européens de l’énergie. Dans un contexte aggravé par la moindre disponibilité des réacteurs nucléaires, les prix de gros de l’électricité et du gaz ont été multipliés par 2,6 en France entre 2021 et 2022 [1]. Le prix spot de l’électricité livrable en France a atteint 279 €/MWh en moyenne en 2022, un niveau inédit, largement supérieur à celui observé durant les dix années précédentes [2].
La France, habituellement exportatrice nette d’électricité grâce à son parc nucléaire, s’est retrouvée dans une position inédite. Pour la première fois depuis la mise en service de ce parc, elle est devenue importatrice nette d’électricité en 2022 [1]. La facture moyenne d’énergie des ménages a bondi à 3 551 € en 2022, soit une hausse de 21 % par rapport à 2021 [1].
Les bailleurs sociaux ont été parmi les premiers à en mesurer les conséquences concrètes. Selon une enquête de l’USH menée auprès de 193 organismes représentant 2,26 millions de logements sociaux (soit 47 % du parc HLM), près de la moitié des organismes ont enregistré une augmentation de plus de 10 % du nombre de locataires accusant plus de trois mois de retard de paiement [3]. Les deux tiers des organismes HLM ont observé une augmentation du nombre de ménages en difficulté financière, des ménages dont 35 % vivent sous le seuil de pauvreté [4]. La crise énergétique n’avait pas seulement fait flamber les factures : elle avait directement fragilité l’équilibre financier du secteur du logement social.
Depuis, les prix se sont partiellement normalisés. Le prix spot moyen de l’électricité en France s’établissait à 61 €/MWh en 2025, bien en deçà du pic de 276 €/MWh enregistré en 2022, mais toujours au-dessus des 43 €/MWh observés en moyenne sur la décennie 2010–2019 [5]. Retour à la normale ? Pas vraiment. Plutôt un nouveau plancher, plus élevé, sur lequel les chocs géopolitiques continuent de s’inscrire.

Iran, Ormuz, pétrole : la démonstration en temps réel
Les semaines récentes en apportent une nouvelle preuve. Les frappes conjointes des États-Unis et d’Israël contre l’Iran ont immédiatement ravivé les craintes de perturbation de l’approvisionnement mondial en pétrole brut [6]. Le baril de Brent, qui se négociait à 61 dollars fin décembre 2025, avait progressé à 72,76 dollars la veille des attaques, avant de franchir brièvement les 80 dollars dès l’ouverture des marchés le lundi suivant [7].
La raison centrale : le détroit d’Ormuz. Pour les analystes, le « cauchemar absolu » serait une fermeture de ce passage stratégique, qui pourrait affecter jusqu’à 20 % des flux pétroliers mondiaux [8]. Des infrastructures majeures ont été directement visées : l’île de Kharg, par où transitent environ 90 % des exportations iraniennes de brut, ainsi que des raffineries aux Émirats, en Arabie saoudite et au Koweït [9].
Même si les flux ne sont pas immédiatement interrompus, des attaques sur des infrastructures aussi stratégiques suffisent à faire grimper les prix. En France, les estimations évoquent une hausse pouvant atteindre 15 % des tarifs du gaz dès le mois de mai, environ 80 % des coûts d’approvisionnement étant indexés sur les prix observés les mois précédents [9].
Ce n’est pas une anomalie : c’est le fonctionnement normal des marchés de l’énergie, structurellement exposés à la géopolitique.

L’imprévisibilité n’est pas un accident : c’est une propriété du système
Revenons sur la séquence des trois dernières années. En 2022, c’était la guerre en Ukraine et la défaillance simultanée du parc nucléaire français. En 2023–2024, une détente relative, alimentée par la reconstitution des stocks gaziers européens et la baisse de la demande industrielle. En 2025, de nouvelles tensions autour de l’Iran avaient déjà provoqué un pic à 81 dollars le baril en juin. Début 2026, l’OVX (l’indice de volatilité implicite du pétrole WTI, surnommé « l’indice de la peur du pétrole ») a atteint son plus haut niveau depuis juin 2025, signalant une inquiétude marquée des investisseurs [10].
La comparaison avec 2022 s’impose naturellement : la question posée sur les marchés est de savoir si nous allons revivre le scénario du début de l’invasion russe, où la flambée des prix de l’énergie avait déclenché une vague d’inflation massive [11]. Les prix actuels restent pour l’instant en deçà des sommets de l’époque, mais la mécanique est identique.
Cette instabilité n’est d’ailleurs pas seulement géopolitique : elle est aussi inscrite dans la structure même des marchés. En Europe, le prix de l’électricité est historiquement indexé sur celui du gaz, via le mécanisme du « price setter » sur les marchés de gros. Résultat : même un parc nucléaire pleinement disponible ne protège pas entièrement des chocs gaziers. Et lorsque le pétrole monte sur fond de tensions géopolitiques, le gaz suit souvent par contagion, indépendamment de tout fondamental physique. Gaz, électricité et pétrole se retrouvent ainsi corrélés à la hausse, même quand leurs situations réelles n’ont rien à voir.
Ce que cette séquence révèle, c’est que l’énergie n’est pas une matière première prévisible à court terme. Ni les gouvernements, ni les analystes, ni les opérateurs de marché n’ont anticipé avec précision ces ruptures successives. Toute stratégie de consommation énergétique qui repose sur une hypothèse de stabilité des prix est, structurellement, fragile.

Ce que vous pouvez réellement contrôler
Face à cette instabilité chronique, deux types de réponses sont souvent avancés, avec des résultats très inégaux.
Les offres à prix variable : présentées comme un moyen de profiter des baisses de marché, elles exposent symétriquement aux hausses. La question que tout consommateur doit se poser est simple : que fait-on quand les prix remontent ? Sans capacité à ajuster sa consommation en temps réel, une offre indexée sur les marchés de gros ne fait que transférer le risque du fournisseur vers le ménage. Ce n’est pas une couverture, c’est une exposition.
Le pilotage de la consommation, en revanche, est un levier structurel. Selon l’ADEME, le chauffage représente 60 % des dépenses énergétiques des particuliers, et peut représenter jusqu’à 40 % de la consommation électrique en début de soirée en hiver [12]. C’est là que se joue l’essentiel.
Pour les bailleurs sociaux, cet enjeu prend une dimension supplémentaire. Selon le SDES (Service des Données et Études Statistiques), 74 % des appartements du secteur social sont chauffés de manière collective, gaz ou réseau de chaleur urbain [13], contre 40 % dans le parc locatif privé. Les organismes HLM gérant des chaufferies collectives se sont donc retrouvés en première ligne lors des pics de prix. Certains bailleurs contraints de renégocier leurs contrats d’approvisionnement au pire moment du pic de 2022 ont dû acheter du gaz à des tarifs très élevés sur un marché non réglementé. Le bouclier tarifaire, pourtant étendu aux logements collectifs, ne couvrait pas la fourniture d’énergie pour les parties communes des immeubles, laissant une partie des coûts directement à la charge des organismes [14]. Seuls les contrats signés avant le 30 juin 2023 à un prix supérieur à 72,8 €/MWh ont bénéficié d’une aide spécifique prolongée jusqu’en 2024 [14], les bailleurs ayant dû renégocier au pire moment se retrouvant sans filet. Dans ce contexte, la maîtrise des consommations n’est pas seulement un enjeu de confort pour le locataire : c’est un levier de stabilisation financière pour l’organisme lui-même.
Le décret n° 2023-444 du 7 juin 2023 imposait l’installation d’un thermostat programmable dans tous les logements résidentiels et bâtiments tertiaires à partir du 1er janvier 2027. Le décret n° 2025-1343 du 26 décembre 2025 a décalé cette obligation au 1er janvier 2030 [15]. Le syndicat professionnel IGNES y voit un recul environnemental majeur, rappelant que la régulation du chauffage est l’un des leviers les plus immédiats pour réduire les consommations [16]. Toutefois, Le maintien de cette obligation aurait pu encourager le déploiement massif de boîtiers standardisés, souvent importés et dépourvus de réelle innovation, au détriment de solutions locales et durables.
Le report peut se comprendre politiquement. Mais il ne change pas l’économie du dispositif : l’ADEME évalue les économies réalisables jusqu’à 15 % sur la consommation de chauffage [17]. Avec Eco-Touch, nous offrons en moyenne 10% supplémentaire. À ces niveaux de prix de l’énergie, le retour sur investissement se compte en quelques saisons de chauffe, organisme HLM ou de logement accompagnégérant des milliers de logements.

Conclusion : agir sur ce qu’on maîtrise
Les marchés de l’énergie resteront volatils. Les crises géopolitiques continueront d’en amplifier les mouvements de manière brutale et imprévisible. C’est une donnée structurelle, pas conjoncturelle.
Pour les ménages comme pour les bailleurs sociaux, la leçon de 2022 est la même : subir la volatilité des prix sans avoir réduit son exposition aux consommations, c’est laisser les marchés décider seuls de son budget. La seule réponse rationnelle est d’agir sur ce qu’on maîtrise, les usages, les équipements, le pilotage thermique.
Les outils existent, ils ne requièrent pas d’attendre 2030 :

  • Suivi énergétique pour évaluer les points de souffrance
  • Régulation fine du chauffage améliorée par l’IA
  • Hybridation des énergies

L’obligation réglementaire est un signal utile. Mais l’argument économique, lui, est déjà là.

Ce billet a été rédigé en mars 2026. Les données de marché évoluent rapidement dans le contexte géopolitique actuel.

Notes et références

[1] SDES, Bilan énergétique de la France pour 2022, Ministère de la Transition écologique, mai 2024. statistiques.developpement-durable.gouv.fr
[2] SDES, Bilan énergétique de la France pour 2022 — Les prix de l’énergie, Connaissance des Énergies, mai 2024. connaissancedesenergies.org
[3] USH, Enquête flash sur les impayés dans le parc HLM, Union sociale de l’habitat, décembre 2022. union-habitat.org
[4] USH / La Banque Postale, Hausse du prix de l’énergie : objet de forte préoccupation des bailleurs sociaux, janvier 2023. labanquepostale.fr
[5] RTE, Bilan électrique 2025 — Prix, février 2026. analysesetdonnees.rte-france.com
[6] Dépêches Reuters / AFP, frappes américano-israéliennes sur l’Iran et réaction des marchés pétroliers, mars 2026.
[7] Bloomberg / Reuters, suivi cours Brent, décembre 2025 – mars 2026.
[8] Goldman Sachs / JPMorgan Research, scénario de fermeture du détroit d’Ormuz, mars 2026.
[9] Les Échos / Reuters, impact des frappes sur les infrastructures énergétiques iraniennes et du Golfe, mars 2026.
[10] CBOE OVX, Oil ETF Volatility Index, mars 2026. cboe.com
[11] Goldman Sachs Global Commodities Research, commentaires de marché, mars 2026.
[12] ADEME, Chauffage et consommation énergétique des ménages. ademe.fr
[13] SDES, Les énergies de chauffage des ménages en France métropolitaine, Enquête Logement 2020. statistiques.developpement-durable.gouv.fr
[14] ASP / Ministère de l’Économie, Bouclier tarifaire sur le gaz en faveur de l’habitat collectif résidentiel + La Gazette des Communes, septembre 2022. asp.gouv.fr
[15] Légifrance, décrets n° 2023-444 et n° 2025-1343 relatifs aux systèmes de régulation thermique. legifrance.gouv.fr
[16] IGNES, communiqué de presse sur le report de l’obligation thermostat, janvier 2026. ignes.fr
[17] ADEME, Guide pratique : le chauffage. ademe.fr