L’hiver 2025-2026 en France
L’hiver que nous venons de traverser s’est caractérisé par une intensité thermique notable, particulièrement en janvier et février. Malgré une moyenne saisonnière globale qui place l’hiver au 4e rang des plus doux depuis 1900, c’est une vision trompeuse : la réalité opérationnelle pour les bailleurs a été très différente.
Entre le 7 janvier et le 10 février, la France a connu une période de froid intense, marquée par des températures significativement en dessous des normales saisonnières. Cette période a coïncidé avec le passage de trois tempêtes majeures, générant non seulement des pluies abondantes mais aussi des conditions thermiques exigeantes.
Février 2026 a enregistré des conditions particulièrement rigoureuses : le mois s’est déroulé avec un air froid persistant et une humidité importante liée aux perturbations successives. L’hiver 2025-2026 a également été le 8e plus pluvieux depuis 1959. Cette combinaison de froid et d’humidité a créé un stress thermique majeur pour les bâtiments.
Énergie : les prix ne reviendront pas au “monde d’avant”
Dans un contexte de volatilité durable des marchés de l’énergie, les organismes Hlm sécurisent leurs achats en répartissant leurs contrats dans le temps afin de limiter leur exposition aux variations brutales des prix du gaz et de l’électricité.
Toutefois, l’évolution du contexte énergétique a profondément bouleversé les équilibres économiques du logement social. Les coûts du gaz et de l’électricité demeurent élevés et difficiles à anticiper, exerçant une pression croissante sur les budgets de fonctionnement. Comme le rappelle la note de conjoncture de l’USH « Évolution des prix du gaz et de l’électricité » datée d’avril 2026 : la question n’est plus « comment assurer le confort thermique ? » mais « comment l’assurer de manière efficiente et durable ? »
En France, environ 55 % des logements sociaux sont chauffés au gaz. Le chauffage collectif au gaz reste majoritaire dans le parc Hlm et représente à lui seul près d’un tiers des logements. Le chauffage individuel au gaz concerne quant à lui environ un quart du parc social.
La filière gaz vert progresse rapidement, mais le gaz consommé en France reste encore très majoritairement fossile et importé.
Même lorsque des pompes à chaleur sont installées, une part de consommation de gaz demeure souvent nécessaire, notamment pour couvrir les besoins en appoint ou en période de forte demande hivernale. Par ailleurs, l’électrification complète du parc social ne peut pas être réalisée rapidement, en raison des contraintes techniques, financières et de capacité des réseaux. Cette transition progressive maintient donc une exposition durable des bailleurs et des locataires aux charges énergétiques.
Dans le cas du chauffage individuel gaz, la hausse des prix de l’énergie repose en outre immédiatement et intégralement sur le consommateur, qui supporte directement le coût de ses consommations.
Dans un contexte de tension persistante sur le pouvoir d’achat, la maîtrise des charges énergétiques devient également un enjeu social majeur. Pour de nombreux ménages du parc social et du logement accompagné, la hausse des coûts de chauffage fragilise durablement l’équilibre budgétaire et accentue les situations de précarité énergétique.
Dans un contexte de vieillissement progressif de la population logée, les attentes en matière de confort thermique évoluent également. Les publics âgés ou fragiles présentent une sensibilité accrue aux variations de température et nécessitent des conditions de chauffage plus stables, renforçant les enjeux de pilotage, de continuité de service et de maîtrise des consommations.
Ajoutons enfin le cas spécifique du Logement Accompagné, dont les structures gestionnaires disposent souvent d’un patrimoine plus réduit et de marges de négociation limitées face aux fournisseurs d’énergie. Cette moindre capacité de mutualisation les expose davantage aux variations tarifaires et complique la sécurisation de leurs contrats d’approvisionnement.
Renforcer le pilotage et le suivi par la connectivité
Dans ce contexte, la connectivité des équipements devient un levier stratégique de pilotage énergétique. Les solutions connectées permettent aux gestionnaires de gagner en autonomie dans l’exploitation de leurs installations, grâce à un suivi en temps réel des consommations, des températures et des cycles de fonctionnement.
Elles facilitent également une gestion fine des systèmes hybrides, en optimisant par exemple l’articulation entre pompes à chaleur et chaudières gaz selon les conditions climatiques ou les coûts de l’énergie.
La connectivité permet également de mieux détecter les dérives de fonctionnement des installations : surconsommations, défauts de régulation, déséquilibres hydrauliques ou équipements vieillissants peuvent être identifiés plus rapidement. Cette capacité d’anticipation contribue à réduire les consommations inutiles, à limiter les interventions d’urgence et à améliorer la continuité de service pour les résidents.
Le suivi énergétique connecté permet également de disposer d’une vision plus précise du comportement réel des bâtiments. Ces données facilitent la priorisation des investissements, l’évaluation des rénovations engagées et l’identification des résidences les plus exposées aux dérives de consommation.
Enfin, pour les structures de logement accompagné, ces outils constituent une solution légère et progressive pour améliorer le suivi énergétique du patrimoine, sans nécessiter immédiatement des investissements lourds ou des rénovations globales.
La connectivité ouvre ainsi la voie à une sobriété énergétique davantage pilotée et mesurable, fondée sur l’ajustement fin des usages plutôt que sur des restrictions uniformes ou dégradées du confort.